Renaissance contemporaine

Retrouver la matière comme émotion

L’Occident et la Modernité arrivent au bout de leur logique : solitude de l’individu, impasse du rationalisme, faillite du Progrès. Pour finir, la catastrophe écologique en cours remet en question cet « humanisme » qui s’est arrogé le droit de placer l’Homme au centre de la Nature. De quel droit d’ailleurs ?

Il est donc intéressant de revenir sur la Renaissance, puisque c’est elle qui engendra ces valeurs. Démarche réactionnaire ? Sûrement pas car l’Histoire ne repasse pas les plats. Mais à tout le moins un exercice d’inventaire car le Moyen-Âge – ce n’est pas lui qui s’est ainsi dénommé, avec cette nuance péjorative – fit-il à ce point le malheur des hommes ? Et des femmes ?

Néanmoins, rendons également justice à la Modernité pour ce qu’elle a apporté et surtout pour ce qu’elle pourrait engendrer de meilleur. S’il est vrai qu’une époque nouvelle naît du mélange de quelque chose de très ancien avec quelque chose de très nouveau, alors nous avons peut-être là les éléments d’une « Renaissance contemporaine ».

L’Art contemporain est un art officiel s’il en est, puisqu’il incarne au plus haut point les valeurs qui mènent notre monde, avec sa fuite en avant spéculative et sans fin, mue par la subjectivité souvent nihiliste et cynique de ses initiés, lesquels se font généralement une gloire vaniteuse d’être les seuls à pouvoir en percer l’hermétisme. L’enfant est peut-être déjà né qui s’exclamera innocemment : « Le roi est nu ! ».

L’être humain est ontologiquement social. Une Humanité constituée de la juxtaposition des subjectivités toujours plus affirmées de milliards d’êtres humains – de plus en plus de milliards ! – est-elle viable sur notre petite planète bleue ? Nous comprenons chaque jour un peu plus que la réponse est non.

Droit d’inventaire donc. Car l’avant-garde consiste à discerner les mouvements à venir, à l’inverse de l’Art officiel. Autrefois, il existait des valeurs objectives qui fondaient une société, par exemple les savoir-faire. Dieu sait que la France les porta aux nues ! Ils sont porteurs de valeurs que nos contemporains gagneraient à réinvestir.

Le travail exigeant de la matière permet à l’individu de saisir la merveille infinie de la Nature, et donc de relativiser sa propre intelligence. Ce décentrement de l’Homme, cette mise à distance de l’ego seraient salutaires par les temps qui courent.

En même temps les savoir-faire recréent du lien, et donc du sens, car leur esthétique intrinsèque est abordable instinctivement par le plus grand nombre. Pour autant on ne reviendra pas en arrière, on observerait plutôt une tendance à se réapproprier les savoir-faire comme des outils permettant de rapprocher les subjectivités, sans pour autant les dissoudre.

Enfin les savoir-faire subliment la matière et lui confèrent une valeur qui peut nourrir l’Homme d’un sentiment de plénitude, à l’inverse de la marchandisation capitaliste, laquelle a besoin au contraire de la dévaloriser, afin de permettre la reproduction de toujours plus d’objets à des fins purement mercantiles, phénomène qui provoque la dévastation de la planète.

D’un autre côté la Modernité génère également des concepts nouveaux qu’il est passionnant d’explorer : un autre versant qui ouvre lui aussi la voie vers une possible réconciliation avec la Nature.

On parle de la mutation du capitalisme vers une économie de la connaissance, ce qui pourrait lui permettre de se régénérer en esquivant les limites imposées par l’extinction des ressources.

Il y a aussi le biomimétisme : l’Homme s’inspirant du génie de la Nature… pour la mieux préserver. Du moins on l’espère. Ou encore « l’économie bleue », qui recherche la durabilité par une utilisation locale et sans déchets des ressources disponibles.

Les huit sacs que nous présentons interrogent ces différents thèmes. Avec un désir poétique et une quête d’émotion partagée au travers de la sublimation de la matière : recherche de volumes attrayants, mélanges de matières, de couleurs, sophistication des montages, des coutures, etc…

Et pourtant ils conservent strictement leur vocation utilitaire. Suprême transgression : un art appliqué présenté comme un art plastique. Ridicule ? Mais la transgression n’est-elle pas une valeur cardinale de notre société ? La déconstruction pour tous !

Naïf sans doute, pour ne pas dire idiot. Ah oui tiens, parlons-en : L’Idiot ! Celui-là même auquel Dostoïevski faisait demander à son personnage Hippolyte Terentiev : « C’est vrai, prince, que vous avez dit, une fois : C’est la beauté qui sauvera le monde? ».